Accueil > Actualités > Air France > Desserte d’ALGER

Desserte d’ALGER

6 septembre 2018

Desserte d’ALGER
De la gestion d’une situation sensible…

Desserte d’ALGER ou de la gestion d’une situation sensible en bonne intelligence, pour être exhaustif dans l’idée développée ci-après.

Comme vous le savez toutes et tous, l’escale d’ALGER a fait couler beaucoup d’encre depuis la fameuse année 1994 et la prise d’otage par des terroristes du GIA (Groupe Islamique Armé) d’un A300 d’Air France. Certes, nous sommes en 2019, soit 25 ans plus tard… et le risque terroriste existe malheureusement toujours, preuve en est des mesures qui entourent encore aujourd’hui notre industrie.

La reprise de la desserte d’ALGER en 2003 après la prise d’otage de 1994 fut conditionnée à l’époque à de nombreuses mesures de sûreté : présence de personnels dédiés à la sécurité à bord de l’avion pendant toute la durée du vol (ALSUR), avions conteneurisés afin d’éviter au maximum le rajout de bagages indésirables au dernier moment et sans contrôle, point de parking au large afin de pouvoir contrôler plus efficacement les abords de l’avion, ainsi que les personnels s’en approchant. En effet, de multiples complicités locales avaient permis cette action terroriste.
Depuis, toutes ces mesures ont disparu, d’où la consigne syndicale recommandant de ne plus se rendre à Alger.

En outre, très récemment, le service Sûreté d’Air France, CL.DS, s’est rendu à Alger pour jauger l’efficacité des mesures mises en place par les autorités locales. De cette mission, les organisations syndicales pilote siégeant au Comité Mixte Paritaire Sûreté, le SNPL et ALTER, n’en ont eu aucun débriefing si ce n’est un très laconique : « Tout le monde fait très bien son travail, il n’y a absolument rien à craindre… dossier suivant ! »
Malheureusement, entre ce « il n’y a absolument rien à craindre » et la réalité du terrain, il y a, comme trop souvent avec le service CL.DS, un fossé.

Malheureusement encore, au moment même où la division A320 par l’intermédiaire du Chef pilote Airbus MC ose une réponse aux pilotes désirant faire valoir leur droit de retrait pour la desserte d’Alger en ces termes :
« Bonjour,
Je te confirme, après analyse des dernières informations disponibles auprès de la direction de la sûreté et notamment du Général Claude TAFANI, conseiller défense, que la destination ALG ne présente pas de risques particuliers pour les équipages Air France, faute de quoi la compagnie en suspendrait bien évidemment la desserte.
Le Ministère des Affaires Étrangères n’émet pas non plus de recommandations spécifiques pour ALGER, laissant explicitement ouverte la possibilité d’y effectuer des déplacements touristiques et professionnels.
En conséquence de quoi, à moins d’une histoire personnelle qui te lierait à cette destination dont nous pourrions nous entretenir afin de préciser le contexte de ton désistement , il n’y a pas de raison objective à faire valoir un droit de retrait, et la non-réalisation de cette activité sera traitée selon la norme en vigueur.
Bien cordialement,
Chef Pilote Airbus Moyen-Courrier »,

… le CHSCT-PILOTES consignait un second Danger Grave et Imminent (DGI) - après celui de 2008 – sur les bases factuelles suivantes :

« DGI Sûreté ALGER
(TOUS PILOTES) (Cité PN le lundi 27 août 2018) 13h50
Par le présent extrait du PR 300722018 AF1157 du 30 juillet 2018 ALG-CDG les Représentants constatent que les principes élémentaires de SÛRETÉ ne sont pas assurés à l’escale d’Alger. Ils alertent l’entreprise des risques potentiellement lourds de conséquences représentés par l’introduction à bord d’objets illicites et/ou dangereux effectuée avec la complicité de certains personnels de l’aéroport. Dans le cas présent, Il s’agit d’un policier, comme par le passé lors de la prise d’otages d’Alger en A300.

Extrait du PR :
« Colis suspect découvert par hasard à bord, imposé à un passager par un policier de l’aéroport d’Alger.
Objet suspect/prohibé en cabine
Durant l’embarquement, le PNC arrière surprend une conversation entre deux passagers.
L’un d’eux déclare qu’un policier l’a forcé à prendre un paquet contenant deux petites cartouches de cigarettes, à livrer à l’arrivée à un ami qui le reconnaîtra, car le policier l’a photographié !!!
Le PNC décide d’interroger le passager qui confirme et lui montre le paquet dans un sac plastique noir.
Je pars chercher le responsable de sécurité d’Alger (Société Amarante) qui gère l’embarquement. Il intervient dans l’avion. Le passager lui est présenté par le steward.
La CC et moi-même assistons à l’intervention. Il confirme avoir reçu le paquet sous menace de se voir refuser l’embarquement avec ses propres cigarettes ».
 
Par conséquent, le CHSCT-Pilotes dépose le présent avis de Danger Grave et Imminent. »

Néanmoins, libre à chacune et chacun d’avoir son propre avis sur la question et de se rendre à Alger… ou pas. Pour les pilotes souhaitant opter pour la seconde option, et faire valoir de facto leur droit d’Alerte et conséquemment de Retrait si les conditions de sécurité dans l’exercice de la mission n’ont pas favorablement évolué, la direction devrait s’en tenir au respect du droit du travail et se contenter de prendre acte du choix du pilote. Au-delà, l’intelligence devrait l’emporter au titre du Risque PsychoSocial (RPS) en ce que forcer un pilote à effectuer un vol « à reculons », avec la boule au ventre, ne concoure en rien, bien au contraire, à renforcer la Sécurité des Vols.

En regard de ces faits, de cette réalité, ALTER tient à la disposition de tout pilote un modèle de dépôt du Droit d’Alerte et une procédure de Droit de Retrait.

ALGER encore… épidémie de Choléra

Vous ne le savez peut-être pas encore, mais une épidémie de Choléra sévit actuellement en Algérie. Voici ce qu’en dit le Ministère des Affaires Etrangères le 26 août dernier :

« Choléra
Plusieurs cas de choléra ont été diagnostiqués dans le nord et le centre du pays (Bouira, Blida, Tipasa, Alger, Médéa, Aïn Defla). Le ministère algérien de la Santé et de la population indique qu’une source de la région de Tipasa serait à l’origine de la contamination, mais que l’eau du robinet demeurerait potable.
Dans tous les cas, il est impératif de porter une vigilance particulière aux règles d’hygiène et de sécurité afin de se préserver des contaminations digestives ou de contact (voir la rubrique Santé de cette fiche : QUELQUES RÈGLES SIMPLES).
Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé concernant le choléra peuvent également être consultées : http://www.who.int/topics/cholera/f...

D’autre part, nous avons été saisis ce jour par un collègue CDB des faits suivants :
« Une épidémie de Choléra est signalée aux voyageurs sur le site du Ministère des Affaires Etrangères et aucune information exceptionnelle sur la présence d’une telle épidémie n’est mentionnée dans le dossier de vol. Les PN en découcher ont constaté la présence inhabituelle de passagers allongés dans l’aérogare d’Alger vomissant et/ou manifestement malades, apparemment, dû à une sécheresse durable et faute de mieux, les eaux souillées des égouts ont été utilisées pour l’arrosage des fruits et légumes, principalement des pastèques, les peaux de ces fruits et légumes sont donc potentiellement fortement contaminées. Or, l’ironie de l’histoire veut qu’un autre CDB a bu un jus de pastèque au petit déjeuner (ce pourrait prêter à sourire si le choléra n’était pas une maladie mortelle). »

ALTER a alors saisi ce jour le CHSCT-PILOTES sur ce dossier. Voici la réponse… quelque peu déroutante… résumant la position de la Médecine du Travail d’Air France :
« Le service médical ne veut pas mettre dans le dossier de vol sur ALG une note qui serait anxiogène pour des navigants, car ils ne sont pas soumis au risque d’une épidémie localisée de choléra en Algérie. 
De plus, dans le cas particulier d’ALG, il existe une prescription sûreté de ne pas sortir de l’hôtel donc rien à craindre si on la respecte.
Par ailleurs, il n’y a pas eu d’alerte de la DGS sur d’éventuels voyageurs malades du choléra en provenance d’Alger.
Quant à l’Algérie, elle n’a en moyenne que 6 cas d’hospitalisation quotidienne pour suspicion de choléra.
Pour IO.ZM, concernant nos navigants, il s’agit toujours d’un non-événement. »

À ce jour, seules sont dispensées, en toute fin de la notice escale, des « Mesures Préventives » généralistes recommandant d’« éviter de consommer des produits crus ou peu cuits, de se laver régulièrement les mains et de na pas boire l’eau du robinet, d’utiliser de l’eau capsulée uniquement » : si ces dernières mesures peuvent assurément faire partie d’une batterie de mesures adaptées à l’épidémie en question, elles ne sauraient être reléguées, en pareilles circonstances, en toute fin d’une simple notice.

En outre, considérer que la population PN, qui plus est pilote, est susceptible d’être sujette à une angoisse irresponsable pour lui cacher certaines informations sensibles ne concoure assurément pas à la reconstruction d’une confiance mutuelle. Les pilotes sont par définition des professionnels responsables – c’est d’ailleurs le propre de leur fonction - qui savent prendre les bonnes décisions – entre autres juger si un événement est un « non-événement »… ou pas – pour peu qu’on leur fournisse tous les éléments pertinents connus, pour peu que la fameuse COS (COnscience de la Situation) ne soit pas volontairement dégradée par un tiers.

En résumé, l’exercice dans notre métier du bon sens, le fameux « airmanship » si cher à notre direction, doit plus que jamais présider à toute réflexion et décision.
En l’occurrence, tant sur le plan de notre Sûreté que de notre Santé, ALTER vous rappelle que les Droits d’Alerte et de Retrait sont applicables en tout temps, par tout salarié, à partir du moment où il considère qu’il « existe un motif raisonnable de penser que sa mission présente un danger grave et imminent pour sa vie. »