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Nomination du tandem COUDERC/SMITH…

23 août 2018

Nomination du tandem COUDERC/SMITH…
Des leçons à en tirer !

Mme Anne-Marie COUDERC, PDG d’AFKLM, CCE du 14 juillet 2018
« Si tel n’était pas le cas - parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver - et que le processus de recrutement tourne court, je porterais auprès du Conseil d’administration le besoin que vous avez exprimé de voir traité ce problème. Mais il est différent de vous demander de prendre en compte le fait que le délai doit être bref et le fait de s’engager dans un processus qui pourrait durer des mois. C’est l’engagement que je peux prendre vis-à-vis de vous. Si nous n’étions pas en mesure avant l’été d’avoir mis en place une nouvelle gouvernance, d’avoir choisi quelqu’un et que nous partions sur une période plus longue, je peux revenir vers le Conseil d’administration en soulignant que nous ne sommes pas dans le schéma que nous avions souhaité sur le plan de la rapidité de la mise en place d’une gouvernance et dans ce cas, je reviens vers vous sur ces sujets-là. »

Telles étaient les paroles de notre PDG face aux élus salariés du CCE de juin dernier concernant notre revendication salariale collective. A ce jour, « l’engagement » à retourner devant le CA de la Holding pour obtenir un mandat de négociation salariale si le processus de nomination venait à prendre trop de temps – ce qui fut le cas - n’a jamais été tenu par celle qui deviendra très prochainement, de manière pérenne et contrairement à ce qui était annoncé initialement, la Présidente « non exécutive (?) » d’AFKLM à 100 000 € le mois. L’adage se vérifie une fois de plus… pour les dirigeants : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même. »

Depuis, nous avons appris la nomination du canadien M. Benjamin SMITH, ex numéro 2 d’Air Canada, au tout nouveau poste crée pour l’occasion de Directeur général exécutif d’AFKLM pour la modique somme, tout compris (part fixe, variable, actions gratuites…), d’environ 4,3 millions d’euros l’an.

Bilan très concret des courses financières : nous sommes partis d’un poste à 1,2 millions d’euros l’année pour en arriver à deux postes (dont nous n’entre-apercevons pas encore le bien fondé de la fonction… si ce n’est offrir des fleurs à notre équipe de foot championne du monde, sachant que le tournoi n’a lieu que tous les quatre ans…) dont les rémunérations cumulées avoisineraient les 500 % d’augmentation. Nous ne parlons pas là de 5,00 %, chiffre qui se rapprocherait de notre revendication salariale de 5,1 %, mais bien de 98 fois plus ! Au-delà des montants dont chacun appréciera la valeur absolue en regard de sa propre échelle des mérites, ALTER ne peut que se résoudre à prendre bonne note des deux premières leçons extrêmement claires envoyées par les hautes instances de l’entreprise :

1) Il faut créer des emplois et augmenter substantiellement la rémunération des salariés => ça tombe bien, car tous les services de l’entreprise sont en sous-effectif après tant de PDV inconséquents et le blocage des salaires !
2) Mme COUDERC a bien mandat pour traiter des revendications salariales des salariés, preuve en est que M. Benjamin SMITH a bien négocié le sien => ça tombe bien, car les salariés et l’Intersyndicale Air France demandent depuis plusieurs mois la réouverture de négociations sur le sujet !

D’autre part, la nomination à la tête d’AFKLM d’un nord-américain, zone géographique de prédilection de l’ultralibéralisme à tous les niveaux de la société, qu’elle soit publique ou privée, aura au moins un mérite : faire tomber, une bonne fois pour toutes, le masque de l’hypocrisie derrière lequel se cachaient « nos » ex-dirigeants français (JUNIAC, GAGEY, JANAILLAC pour ne citer que les plus récents) et qui consistait à faire accroire, peu de temps, certes, que la nationalité française de nos PDG pouvait être garante d’une certaine mansuétude sociale envers les salariés de compagnie nationale. Les quatre dernières années, pour faire « court », sont là pour nous prouver le contraire : si nos dirigeants ne sont pas tous de nationalité nord-américaine, ils en sont à n’en pas douter de culture politique et sociale (qui a bafoué et bafoue toujours les accords sur l’équilibrage des activités LC – lire ci-après en ce qui concerne le MCC – entre AF et KLM ?). En outre, si nous devions remonter le fil de l’Histoire, celle ouvrant pleinement et définitivement la scène sociale aux méthodes de gestion humaine et financière ultralibérales prend sa source dans la privatisation d’Air France, puis dans l’entrée récente dans l’actionnariat de notre entreprise des américains (Delta Airlines) et chinois (China Eastern). Ce constat établi, même si nous ne pouvons que le déplorer, ne doit en rien nous tétaniser, nous faire rendre les armes. Bien au contraire, un salarié parfaitement informé, conscient du type d’interlocuteurs auxquels il aura à faire face, ne peut que se retrouver dans une situation plus saine, car dépourvue de fantasmes. Celle-ci permettra alors d’élaborer des réponses adaptées aux « éventuelles » velléités régressives du camp d’en face... ce qui est le cas aujourd’hui.

ALTERattend du nouveau tandem PDG « non exécutif »/DG « exécutif » d’AFKLM qu’il insuffle à tous les étages du groupe, et en particulier d’Air France, un souffle nouveau, un souffle exaltant... et pour une fois non vicié, réellement porteur d’espoir quant à une prise en compte « pragmatique » des rapports sociaux, à savoir que pour que le « client » soit plus que satisfait du service rendu, il faut, en préalable à toute chose, que le salarié soit aussi satisfait d’aller travailler ! Pour info, le bien-être au travail rapporte, « gratuitement », 12 % de productivité supplémentaire. Mais de cette réalité, pour le moment, la sphère financière ne veut entendre parler. A nous de la contraindre à prendre en compte cette vérité « vertueuse ».
En d’autres termes, il va nous falloir faire comprendre à M. Benjamin SMITH que les recettes nord-américaines de mise sous pression du collectif de travail par menace de « lock-out » ou autres joyeusetés du genre (loi bridant l’action de grève) risquent fort de le jeter dans une arène où certains, il y a peu encore, ont perdu leur chemise. Qu’il existe bien une autre voie, celle de l’intelligence, celle qui met au centre des préoccupations l’intérêt de l’entreprise, c’est-à-dire celle de ses salariés et qui pose comme axiome de base que ces derniers sont bel et bien sa première richesse… et non un vulgaire coût. En-dehors de cette option, point de salut si ce n’est une entreprise qui verrait ses salariés s’en désengager progressivement, mais sûrement, ce qui tendrait à la désintégrer de l’intérieur (relire le rapport RPS du CHSCT-Pilote… à disposition sur le site ALTER s’il le fallait).

Pour en revenir à la situation sociale qui nous occupe actuellement, à savoir notre revendication de 5,1 % d’augmentation des grilles salariales pour tous les employés d’Air France, ALTER réaffirme avec force détermination que cette lutte pour la Justice Salariale ne peut s’entendre qu’au sein de l’Intersyndicale Air France, ne peut se concevoir qu’au travers d’une lutte collective impliquant tous les corps sociaux professionnels de l’entreprise. En dehors, tout ne serait qu’illusion éphémère et emprunt d’opportunisme politicien.

« Demain matin », ayant pleinement connaissance de tous ces faits, certains avérés comme les mensonges répétés de la haute direction d’AFKLM sur ses engagements, l’officialisation du mandat de négociatrice de cette même direction dans le champ des rémunérations, l’augmentation plus que substantielle de la rémunération des dirigeants du groupe, ALTER compte sur vous pour apporter aux futures actions qui seront proposées par l’Intersyndicale Air France toute votre détermination et combativité. La mobilisation dans l’unité, et la force que nous en retirons, doit être le principal moteur de notre démarche syndicale et solidaire à venir. Plus elle sera importante, plus les lignes bougeront vite et loin.

Plus que jamais, notre avenir de pilote, au contact de nos autres collègues d’Air France, dépend de nous.