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Pragmatisme : Les financiers font mumuse

8 septembre 2017

Pragmatisme
Les financiers font mumuse

Tambours et trompettes résonnent haut et fort et emplissent l’atmosphère de l’extraordinaire épilogue intervenu en ce début de semaine.

A celles et ceux des pilotes qui s’interrogent à propos de la nature de cet événement, ALTER tient tout d’abord à adresser de cuisants reproches (qui ne feront que s’ajouter à ceux déjà formulés et largement mérités après les résultats des consultations ayant permis à M. Janaillac de s’enorgueillir de son génie auprès des marchés) ! Comment, vous n’avez pas suivi en direct les débats de l’Assemblée générale des
actionnaires ?

Mais si, convoquée le 4 septembre, même que tout détenteur de part pouvait voter ! Et il y avait de l’enjeu puisqu’il s’agissait, insoutenable suspense, de savoir si les détenteurs en question allaient souscrire au génie en acceptant le dernier montage financier concocté entre cerveaux musclés : « L’entrée de Delta et China Eastern au capital » qui « ouvre un nouveau chapitre de l’histoire d’Air France-KLM » sous-titrent Les
Echos (de rien pour la pub, c’est gratos, c’est cadeau). Soustitre ruisselant d’intense soulagement et faisant suite au titre de l’article, édifiant : « Air France est sortie d’une situation de défiance » ! Ces mots du PDG d’AFKLM claquent, définitifs.

Tant que tu n’as pas fait allégeance et acte de contrition devant le siège, tu es bien vil.
Et Jean-Marc (c’est à la mode chez les directeurs, on se donne du prénom, ça fait famille) de préciser que la grande bidouille financière a une vocation industrielle : selon lui, « cette opération découle d’une démarche pragmatique.
Nous voulons renforcer nos alliances, car elles sont le moyen le plus fort d’accroître notre activité sur le long-courrier ».
Ben oui les gars. Après tout, Air France n’est un transporteur aérien que depuis 80 ans. Et de cette histoire restent
quelques scories délicieusement surannées qui font pouffer de mépris les usagers du tout marché : AF possède et exploite encore quelques avions, mis en œuvre par des pilotes salariés, entretenus par des mécaniciens salariés, offrant à des passagers admis à bord au bout d’une chaine faite de commerciaux salariés, d’agents de passage et piste salariés, un service à bord rendu par des hôtesses et des stewards salariés. Une sainte horreur pour un directeur qui ne peut considérer qu’ extravagant le coût de l’achat et de l’exploitation d’un avion. Sans compter le sibyllin « il est clair qu’Air France reste pénalisée par le niveau de taxation et de charges sociales en France », un « standard » chez les idéologues libéraux. Point de référence aux salaires directs et indirects, point de solidarité, point de contribution selon ses moyens chez ces gens-là ! De la compétition, de l’opposition
et l’administration de la peur chez les humbles pour leur faire courber l’échine.

C’est ainsi que jamais il ne peut venir à l’idée de tels directeurs qu’exploiter bien nos propres avions (qu’ils vendent pour mieux les louer cher au prix d’une envolée curieusement non commentée des locations opérationnelles...) pourrait être la base de quelque réussite. C’est donc par échange capitalistique que le salut existe. Par JV et alliances incompréhensibles au commun des mortels. Pas par exploitation d’avions en propre.
Pourtant, ceux évoqués plus haut existent encore. Nos avions sont pleins de passagers qui reviennent, satisfaits du service rendu. Au point de permettre une des recettes unitaires les plus hautes du secteur, gage de qualité en ces temps de concurrence pourtant totalement faussée (pléonasme) !

Satisfaits du service rendu écrivions-nous. Et ALTER de préciser « malgré les conditions d’exploitation et sociales » que les employés ont à subir.

Le chef de la holding tient à féliciter le chef de la filiale historique : ce dernier est parvenu à imposer ce que leurs prédécesseurs honnis n’avaient pu que fantasmer à travers leur « Perform2020 » : l’introduction à CDG d’une exploitation MC à contrat cassé et vaincre le tabou du LC à bas-coût, totem de tout petit financier du secteur. Chapeau les gars. La lassitude des pilotes et leur propension à vouloir
« vivre en paix » auront eu raison de leur combativité... Ils ont rendu les armes. Et si le patron s’en félicite, il précise néanmoins bien vite : « L’écart de coût avec nos principaux concurrents demeure » ! En clair, foin de toute revendication autre que celle de la direction ! Le journaliste prend au passage bien soin mettre en scène le fait que la direction a dû lâcher un peu, mais pas trop parce qu’elle gère ! Qui le croit vraiment
au final, le pire étant fait avec ce « Boost à qui il fallait laisser sa chance ». Pas selon ALTER. On nous donnera raison dans cinq ans, échéance du prochain accord social s’il y en a encore besoin.

Rien n’est avancé quant au dernier joujou à externalisation, Joon. Francky se fendra de nous informer des destinations ce 25 septembre à l’occasion d’un sombre salon du tourisme. Mais au milieu des beaux pourcentages de prises de participation croisées intervient une phrase qui finit de convaincre ALTER que l’heure est au réveil : « Concernant les objectifs financiers, nous ne communiquerons pas de chiffre d’affaire ni de résultats, car les résultats de Joon seront intégrés à ceux d’Air France ».

Avons-nous vocation à être d’éternelles vaches à lait ? Les Pilotes ont la réponse.
Collectivement. Il y a du boulot, mais ALTER est indéfectiblement optimiste quand il s’agit de transformation et d’avancée sociales ! Si on s’en donne les moyens !