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Revendication salariale, La direction continue de nous prendre pour des billes

20 juillet 2018

Si la grève est LE moyen le plus efficace d’organiser le rapport de force dont plus personne ne doute qu’il est le seul à même de faire entendre raison au Conseil d’administration et aux directeurs, il est vrai que c’est à la condition d’un mouvement massivement suivi.

Or l’Intersyndicale AF s’est fait une raison : s’il n’existe aucune certitude en la matière, les retours « terrains » ne prêtent pas à pousser les syndicats à appeler à un tel mouvement en plein été, au lendemain d’une mobilisation longue de quatre mois. À défaut de certitude, c’est l’analyse majoritaire des membres de l’Intersyndicale.

C’est fort de cette conviction que l’Intersyndicale a pris la décision (voir en page 4 du présent numéro), comme nous l’évoquions dans le précédent numéro du BSPN (n° 1307 du 5 juillet 2018 disponible via notre site www.syndicatalter.fr ou sur demande), de rencontrer des membres de la Représentation nationale afin de plaider la cause des salariés, et donc d’Air France, et ce afin de mettre la pression par un autre biais sur la direction, celle-ci continuant à faire semblant de croire qu’elle aurait d’autres possibilités, usant de tous les artifices possibles et imaginables.

La dernière rencontre s’est tenue le 17 juillet 2018 où une délégation (SNPL, ALTER, Sud aérien, CFTC PNC et SNPNC) a été reçue par le Président de la commission des affaires sociales du Sénat en réponse à un courrier de demande d’audience adressé au Président du Sénat en juin.

Nous avons développé un historique de la situation sociale totalement bloquée à AF. Les directeurs et notamment M. Gateau sont incapables de répondre positivement à des attentes formulées par les salariés. Par contre, ils exigent d’eux d’accepter des hausses drastiques de productivité, la réduction de la dette AF à marche forcée, d’abandonner du trafic au profit de KLM ou de supporter le différentiel de coût d’exploitation de 43 % entre CDG et AMS. Les 58 % de trafic AF se faisant au départ de CDG, c’est 1Mds € de différentiel de coût de charges externes pur qu’AF doit supporter. Sans cela, AF serait aussi rentable que ses concurrents comparables tant loués par la presse ! Les 300 millions de rattrapage de salaires ne sont pas irréalistes et ce d’autant moins que les salaires ne sont pas un problème pour les résultats (cf. IAG, LH ou KLM, mais également Delta etc.).

Les salariés se sont sentis humiliés et méprisés. Ils avaient pourtant accepté les efforts exigés par Juniac, malgré le mensonge de « l’impérieuse nécessité » de supprimer 2900 postes en 2015, chantage ayant débouché sur l’épisode de la chemise. Le ministre Lemaire en déclarant péremptoirement que les salariés « doivent faire enfin des efforts » s’est comporté de manière indigne et ignore les efforts consentis sur la base de la promesse d’un retour à bonne fortune. Or AF va bien ! Elle est juste moins rentable que les voisins. Mais cela est pour beaucoup dû à la politique financière assortie d’erreurs (amendes cargo, zéro QT, purge des effectifs opérationnels...) non assumées par le Comex qui s’est grassement augmenté de 29 % alors même que 20 % de productivité ont été exigés des salariés.

L’exaspération n’est pas une posture ! Voilà six mois que l’Intersyndicale fait front face à une direction qui aura usé de tous les artifices (y compris une consultation au résultat non assumé et une démission d’un PDG qui n’a jamais été notre demande...) pour ne pas répondre à la revendication (légitime et raisonnable) d’une revalorisation de 6 % des grilles. S’il s’était agi d’une demande exagérée ou infondée, l’Intersyndicale n’aurait pas tenu sur la durée ! Notre revendication est un préalable à une remise en marche d’AF. Notons au passage que MALGRÉ la direction générale, l’exploitation continue cet été, malgré la fatigue liée au manque d’effectif et de matériel !

Tout cela pour souligner qu’AF rend un service prisé des passagers (exception faite de ceux pénalisés par les conditions de cet été...) ! Sinon, avec l’ouverture forcée de son marché intérieur et le recul consécutif de parts de marché, nos avions seraient vides. Or ce n’est pas le cas et recette comme résultats suivent !

Nous attendons enfin un projet industriel qui ne soit pas encore axé vers de nouvelles externalisations telles TOF ou JOON et de nouveaux gains de productivité. Il faudra que les salariés aient le sentiment que c’est sur leur compétente et leur attachement que sera fondé ce prochain plan stratégique ! Il faudra que les salariés aient le sentiment que le sort du PDG est lié à celui de l’entreprise et qu’il ne soit pas un mercenaire de plus !

Monsieur le Sénateur s’est montré attentif à notre témoignage. Il souhaite une nouvelle présentation de la situation à Air France cet automne. La prochaine réunion de l’Intersyndicale se tient ce vendredi 20 juillet. Les décisions concernant la rentrée sociale seront décidées à cette occasion.