Accueil > Actualités > Communication & Média > Revendications La direction a encore faim !

Revendications La direction a encore faim !

23 novembre 2017

Revendications
La direction a encore faim !

Les compteurs financiers d’Air France sont dans le vert et « c’est une catastrophe ». C’est une catastrophe en ce sens que ceux-ci sont si bons (historiques ne suffit pas à les qualifier, il s’agit de valeurs absolues !), qu’il n’y a plus moyen de les camoufler que très difficilement.

Investir dans l’outil industriel en achetant du matériel, des avions ou en embauchant des effectifs opérationnels serait visible et risqué. Quoi qu’enseveli sous un flot permanent de renouvellement de la moindre procédure applicable dans l’exercice des divers métiers (maintenir le salarié en état d’apprentissage permanent pour mieux le soumettre), le collectif de travail pourrait bien se dire que la plaisanterie dure depuis assez longtemps et que le temps d’un partage de la richesse moins défavorable est venu.

Le plus rapide et facile pour contrecarrer un tel risque aujourd’hui classé « menace crédible » dans les hautes sphères du Château réside dans des choses pas trop palpables par ces idiots de salariés qui n’y voient de toute manière que du feu. Alors on va anticiper le remboursement de la dette, d’Air France, mais aussi de KLM en nantissant les retraites par capitalisation fort coûteuses de nos collègues navigants hollandais (cf la littérature présentant les résultats du troisième trimestre 2017). Accessoirement, le fait que les Pays-Bas soient cités par les « Paradize papers » comme l’une des zones du monde à laquelle les jongleurs de l’optimisation fiscale ont recours pour parvenir à soustraire des sommes énormes aux fiscs nationaux devrait peut-être finir par attirer notre attention. Le transfert autant méthodique que systématique d’activité AF vers KLM trouve là une « motivation » d’autant plus forte.

Devant cette indéfectible ardeur à les combattre, les salariés et leur représentation syndicale restent interdits. Il est vrai que voilà très longtemps que nous ne sommes plus parvenus à arracher une quelconque revendication qui aurait été nôtre. Pour l’essentiel, les syndicats se sont évertués à « limiter la casse » devant le féroce appétit directorial !

Les GP font office de totem pour tout salarié Air France : les menaces qui planent sur eux sont aujourd’hui les seules à même de fédérer spontanément salariés et syndicats. Et pourtant, il y aurait eu tant à interdire (Transform, Trust Together, la création de Joon) et il y a encore tant à interdire (la mise à sac des droits des salariés à travers la destruction du Code du travail)...

Cette capacité de mobilisation autour des GP alors que nous acceptons collectivement la remise en cause de nos salaires et conditions de travail, de nos retraites et de notre place dans l’entreprise trouve un nouveau motif de s’exercer depuis le 21 novembre 2017. De quoi est-il question ? Lisez plutôt :
Lu sur le site de Flyingblue le mercredi 22 novembre 2017 :
« Voyagez en toute liberté :
Utilisez des Miles pour réserver jusqu’au dernier siège disponible !
À partir de juin 2018, vous pourrez utiliser vos Miles pour réserver tout siège disponible sur des vols commercialisés par Air France, Hop !, Transavia et Joon !
Le nombre de Miles nécessaires pour réserver votre billet dépendra de l’origine, la destination et la date de votre vol.
Et bien entendu, vous pourrez toujours utiliser vos Miles sur les vols de nos partenaires SkyTeam et autres partenaires aériens (…).

Billets primes
Vous n’avez pas assez de Miles pour réserver un vol vers la destination de vos rêves ?
À compter de juin 2018, cela ne sera plus un problème grâce à la nouvelle option Miles & Cash ! Vous pourrez payer jusqu’à 25 % de votre billet prime en “cash”. Ainsi, vous n’aurez pas à attendre pour réserver votre billet.
Et n’oubliez pas de surveiller nos billets Primes Promo offrant jusqu’à 50 % de réduction. Ils sont disponibles chaque mois pour une période de voyage limitée.
Vous prévoyez de réserver un billet ou un surclassement avec des Miles avant juin 2018 ? Ou avez-vous déjà réservé un billet ou un surclassement avec des Miles pour un départ après juin 2018 ? Aucun souci ! Votre billet ou surclassement restera bien sûr valable ».

Ce nouveau projet des équipes du RM survient à peine deux mois après l’épisode de septembre dernier, similaire en tous points. Relisons ce qu’en disait la direction par voix de FlashActu :

« Depuis vendredi circule sur les réseaux sociaux et dans l’entreprise la rumeur d’une remise en cause des Facilités de transport (GP).
Il n’est absolument pas question de toucher aux GP, ils sont un des éléments de notre contrat social. Nous y sommes tous attachés, leur existence n’est nullement menacée.
A l’origine des inquiétudes qui se manifestent, une réflexion initiée au sein des équipes du Revenue Management du Groupe, baptisée “Rise & Fly”. Les équipes d’Air France réfléchissent en permanence aux moyens d’améliorer notre recette et le remplissage de nos avions. La créativité et la recherche permanente de nouvelles idées sont vitales pour la Compagnie. Certaines de ces idées se concrétisent, d’autres non.
(…)
Cette piste “Rise & Fly” ne réunit donc pas les conditions pour être mise en œuvre. Elle ne sera pas lancée.
Il est indispensable que la Compagnie poursuive la recherche de toutes les pistes possibles d’amélioration de notre recette et de nos remplissages, comme elle l a toujours fait. Cela ne remet pas en cause les GP. 
C’est un enjeu vital pour la Compagnie, sa santé économique, et donc l intérêt de tous les salariés ».

L’avertissement est clair : la direction avertit qu’elle n’en restera pas là. Et le DRH central d’enfoncer le clou, le 27 septembre 2017, écrivant aux syndicats AF :

« La semaine dernière, je vous ai écrit pour vous informer des décisions prises concernant les réflexions en cours sur le projet “Rise & Fly” et vous indiquer que nous devons poursuivre la recherche de toutes les pistes possibles d’amélioration de notre recette et de nos remplissages, sans remise en cause des GP ».

La menace était à peine voilée. Le courageux croisé a tenu parole.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, une réunion intersyndicale doit envisager cette nouvelle perspective alors qu’un ultimatum au 30 novembre lui a été adressé pour l’ouverture de négociations « facilités de transport », mais l’émoi légitime est déjà en train de traverser les esprits. S’agit-il encore d’une attaque contre les GP ? Si cette question s’impose naturellement, il n’en reste pas moins que la direction d’Air France a une grande capacité à mener plusieurs fronts. Ne jouit-elle pas il est vrai d’un effectif et de moyens nombreux pour ce faire ?

C’est ainsi que son énergie est mobilisée pour participer à l’incroyable campagne nationale destinée à convaincre tout un chacun que la réforme du Code du travail n’a aucune chance d’être enrayée. Une réunion de préparation des esprits a été organisée par la DRH le 15 novembre dernier. Un orateur « possédé » a déroulé la litanie extatique de cette funeste perspective devant les syndicats réunis pour l’occasion.

Il y a été évidemment question de la refonte des instances représentatives du personnel. Exit DP, CE et CHSCT. Vive le CSE, instance unique. En gros, disparition d’un nombre conséquent d’élus si l’on s’en tient au minimum légal. On aura beau dire que le nombre d’heures de délégation diminue peu, les problématiques à traiter seront toujours bien les mêmes et ces élus « polyvalents » forcés n’auront plus la possibilité physique d’y faire face. Nous taisons les remises en cause du droit commun par la primauté donnée à l’accord d’entreprise sur la loi (rémunération, heures de travail, travail de nuit), au plafonnement des indemnités en cas de licenciement, etc.

Cette réunion n’est qu’un commencement. M. Gateau (simultanément en mission auprès de la ministre Pénicaud – ce qui pose un problème de conflit d’intérêts - sur les moyens du dialogue social et les parcours des délégués syndicaux) affirme ne pas souhaiter s’en tenir aux nouvelles bases légales. Il n’est pas question de statu quo non plus. La négociation « responsable » passera par là. Cela rappelle des slogans déjà entendus...

ALTER s’est inscrit ces dernières années dans une démarche « collective » de défense des pilotes. GP, accords sociaux, externalisation. Nous nous efforçons de créer les conditions d’un rapport de force susceptible de modérer les ardeurs de la direction. Car nous en sommes là : les salariés ne jouent plus qu’en défense.
Le « dialogue social » vanté dans les médias consiste uniquement en l’organisation de discussions. Pas dans un échange débouchant sur un compromis. C’est la preuve que demander gentiment à Janaillac ne suffit !
C’est pourquoi ALTER sait aussi agir seul quand les autres syndicats ne sont pas prêts à la mobilisation.
ALTER ne se résigne pas.
La mobilisation des pilotes est à portée de main.